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Le scénario original d’Amélie Poulain édité

Scénario film

Le scénario original d’Amélie Poulain édité

Retrouvez l’intégralité du scénario (et des dialogues) écrit par Jean-Pierre Jeunet et Guillaume Laurant.

Ci-dessous les premières pages :

Séq. 1, ext. & int.

Voix off
Le trois septembre 1975, à douze heures vingt-huit minutes et trente-deux secondes, un moucheron de la famille des Forcipomyia, merveille de la nature capable de produire 62670 battements d’aile à la minute, se posait sur la route de Banon, dans les Alpes-de-Haute-Provence…

(Une voiture surgit de l’arrière et l’écrase…)

… À la même seconde, à la terrasse d’un restaurant, dans un petit village grec de l’île de Kalymnos, le vent s’engouffrait comme par magie sous une nappe, faisant danser les verres, sans que personne ne s’en aperçoive…

(Les verres tanguent sur la nappe gonflée)

Au même instant, à New York, au sud de Manhattan, Joseph Polonski, de retour de l’enterrement de son meilleur ami Wendel Curtis, en effaçait le nom de son carnet d’adresses…

(Le vieil homme triste souffle sur la poussière de gomme qui s’envole)

Toujours à douze heures vingt-huit minutes et trente-deux secondes, un spermatozoïde pourvu d’un chromosome X, appartenant à M. Raphaël Poulain, se détachait du peloton pour atteindre un ovule appartenant à Mme Poulain, née Amandine Fouet.

(Images scientifiques de spermatozoïdes en pleine course. L’un d’eux est entouré d’un cercle rouge)

Neuf mois plus tard naissait… Amélie Poulain.

(La main de la sage-femme brandit le bébé tout gluant)

Générique.

Séq. 2, int. & ext.

Le père d’Amélie, ancien médecin militaire, travaille aux Établissements thermaux d’Enghien-les-Bains.

(Raphaël Poulain pose comme pour une photo. On se rapproche très près de sa bouche, tandis qu’apparaît une inscription fléchée : bouche pincée, signe de manque de cœur)

Raphaël Poulain n’aime pas :
– pisser à côté de quelqu’un ;
– tituber en marchant dans le couloir d’un train ;
– sortir de l’eau et sentir coller son maillot de bain.
Raphaël Poulain aime :
– couper les virages dans les descentes sans les freins ;
– aligner toutes ses chaussures et les cirer avec soin ;
– vider sa boîte à outils, la nettoyer et tout ranger enfin.

Séq. 3, int. & ext.

La mère d’Amélie, Amandine Fouet, institutrice originaire de Gueugnon, a toujours été d’une nature instable et nerveuse.

(La mère pose également comme pour une photo. On se rapproche très près de sa paupière qui bat légèrement, tandis qu’apparaît un léger tic nerveux indicateur d’agitation névrotique)

Amandine Poulain n’aime pas :
– avoir les doigts plissés par l’eau chaude du bain ;
– être, par quelqu’un qu’elle n’aime pas, effleurée de la main ;
– avoir les plis des draps imprimés sur la joue le matin.
Amandine Poulain aime :
– couper les virages dans les descentes sans les freins…

(En réalité, assise à côté de son mari, elle se tasse sur le siège du passager, terrorisée)

– faire briller le parquet en marchant toute la journée avec des patins ;
– vider son sac à main, bien le nettoyer et tout ranger enfin.

Séq. 4, int. jour, salon du pavillon familial.

Amélie a six ans. Comme toutes les petites filles, elle aimerait que son père la serre dans ses bras de temps en temps. Mais il n’a de contact physique avec elle qu’au cours de l’examen médical mensuel. La fillette, bouleversée par cette intimité exceptionnelle, ne peut empêcher son cœur de battre la chamade. Dès lors, son père la croit victime d’une anomalie cardiaque.

(Le père d’Amélie, qui ausculte l’enfant avec un stéthoscope, lui lance un regard lourd d’inquiétude…)

À cause de cette maladie fictive, la petite Amélie ne va pas à l’école. C’est sa mère qui lui tient lieu de préceptrice.

La mère désigne une phrase écrite au tableau : Les poules couvent souvent au couvent.

Amélie (lisant)
Les poules couvent…

La Mère
Très bien…

Amélie
… souve au couve…

La Mère
Nooon…

Séq. 5, int. & ext.

Privée du contact des autres enfants, ballottée entre la fébrilité perpétuelle de sa mère et la distance glaciale de son père, Amélie n’a de refuge que dans le monde qu’elle invente.

(La fillette déguisée en infirmière, imitant son père, ausculte un crocodile imaginaire [en dessin animé], qui la regarde avec une bonne tête gentille et craintive)

Dans ce monde, les disques vinyles sont fabriqués comme des crêpes…

(Sur l’écran, une main étale avec une spatule la pâte à disque sur une plaque chauffante, formant une crêpe-microssillon)

Les nuages français sont produits par les usines atomiques…

(La vapeur s’échappant d’une tour de refroidissement de centrale forme de magnifiques cumulonimbus)

… et la femme du voisin, dans le coma depuis des mois, a en réalité choisi d’effectuer d’une traite la totalité de ses heures de sommeil…

(La femme allongée sur son lit sort du coma et s’assoit très tranquillement)

La femme (très calmement)
Comme ça, je pourrai rester éveillée nuit et jour tout le reste de ma vie…

Et elle se rendort…

Séq. 6, int. jour.
Amélie contemple un poisson rouge dans son bocal.

Le seul ami d’Amélie s’appelle “Le Cétacé”. Malheureusement, l’ambiance familiale a rendu le poisson rouge neurasthénique et suicidaire…

Le poisson saute hors de son bocal et atterrit sur le carrelage de la cuisine. Gigotant, il glisse sous la machine à laver. La petite appelle au secours tandis que la mère pousse des hurlements hystériques, essayant de récupérer l’animal avec un manche à balai.
Finalement, Le Cétacé a réintégré son aquarium, où il nage, tout blanc. On a bouché le bocal avec un annuaire surmonté d’une cocotte en fonte.

Les tentatives de suicide répétées du cétacé ne font qu’augmenter le stress maternel… Et réciproquement. Finalement, une décision est prise…

Séq. 7, ext. jour.
Sous la pluie, la mère et la fille pénètrent dans un jardin public, sous l’œil attendri du gardien. En effet, la mère semble enceinte de neuf mois. Arrivée devant le bassin du square, la mère ouvre son manteau et en extirpe le bocal du poisson qu’elle déverse dans la pièce d’eau. Un sanglot noué au fond de la gorge, Amélie voit son seul confident disparaître sous la surface troublée par la pluie. Quand elles repassent devant le gardien, celui-ci reste bouche bée. La mère aurait-elle accouché dans les taillis ?

Séq. 8, ext. & int.

Pour consoler Amélie, sa mère lui fait cadeau d’un instamatic Kodak d’occasion…

Amélie l’inaugure en photographiant des nuages en forme d’animaux. À l’instant précis où elle appuie sur le déclencheur, un accident de voiture se produit au coin de la rue.

Un voisin profite de la naïveté d’Amélie, pour lui faire croire que son appareil photo a un défaut : il déclenche des accidents. Comme elle a pris des clichés tout l’après-midi, un doute affreux l’assaille le soir venu. Elle s’effondre devant la télé, accablée par la responsabilité d’un gigantesque carambolage, de deux déraillements et du crash d’une Caravelle.

Séq. 9, int. soir.

Quelques jours plus tard, réalisant qu’il s’est moqué d’elle, Amélie décide de se venger du voisin…

Fanatique de football, le voisin regarde une finale à la télévision. Amélie, cachée dans la cave, un poste à transistors collé contre l’oreille, suit l’action afin de débrancher le câble de l’antenne dès que le ballon approche des buts. Les jurons et les trépignements de rage du voisin lui parviennent jusque dans sa cachette…

Séq. 10, ext. jour.

Et puis un jour, c’est le drame. Comme chaque année, Amandine Fouet emmène sa fille brûler un cierge à Notre Dame, afin que le ciel lui envoie un petit frère.

La réponse divine intervient trois minutes plus tard…

Malheureusement, ce n’est pas un nouveau né qui tombe du ciel sur le parvis de Notre Dame, mais une touriste québécoise, Marguerite Bouchard, résolue à en finir avec la vie à la suite d’un chagrin d’amour. Amandine Poulain, née Fouet, est tuée sur le coup.

Séq. 11, ext. jour.
Après la mort de sa mère, Amélie se retrouve en tête à tête avec son père. Celui-ci, déjà peu liant, se replie encore davantage sur lui-même. Il se lance dans la construction maniaque d’un mausolée miniature pour y recueillir les cendres de sa femme.
Le mausolée est au milieu du jardin. Il y rajoute des fioritures et des accessoires avec un soin obsessionnel, tandis qu’Amélie le regarde par la fenêtre.

Les jours, les mois, puis les années passent. Le monde extérieur paraît si mort qu’Amélie préfère rêver sa vie en attendant d’avoir l’âge de partir.

En dessous de la fenêtre, un ours en peluche, oublié par la fillette, gît sur le gazon.
Les années passent. L’ourson se désagrège peu à peu.
Alors qu’il ne reste qu’un petit tas de crin, un oiseau se pose à côté. Il saisit un brin dans son bec et s’envole. Nous le suivons et découvrons Amélie, devenue adolescente, qui quitte la maison, valise à la main.

Séq. 12, int. & ext.

Cinq ans plus tard, Amélie Poulain est serveuse dans un café-restaurant de Montmartre, le “Tout va mieux”.

On la voit travailler. Elle a vingt-deux ans.

Nous sommes le vingt-huit août 1997, exactement à trois jours de l’événement qui va changer sa vie. Mais ça, pour le moment, elle n’en sait rien.

On voit brièvement une grosse Mercedes qui fonce à toute allure sur les voies sur berge, puis une nuée de paparazzis en scooter et motos. Enfin, un flacon de parfum tombe et rebondit sur le carrelage d’une salle de bain.
Nous revenons au “Tout va mieux”.

Voix off
Elle, c’est Suzanne, la patronne. Elle boite un peu, mais elle n’a jamais renversé un verre. Quand elle était jeune, elle était danseuse équestre à Médrano. Elle aime les sportifs qui pleurent de déception. Elle n’aime pas voir dans son café un homme être humilié devant son enfant. Au tabac, c’est Georgette, la malade imaginaire. Quand elle n’a pas de migraine, c’est le nerf sciatique qui coince. Celle-là n’aime pas entendre : “le fruit de vos entrailles est béni”.
Voilà Gina, la collègue d’Amélie. Elle est née en Normandie. Sa grand-mère était guérisseuse. Ce qu’elle aime, c’est faire craquer les os. On la voit qui sert un Monaco à Hipolito, l’écrivain raté. Lui, ce qu’il aime par-dessus tout, c’est voir à la télé un toréador qui se fait encorner.
Le type qui les observe l’air mauvais, c’est Joseph, un amant jaloux éconduit par Gina. Il passe ses journées à l’espionner pour voir s’il a un remplaçant. La seule chose que celui-là aime, c’est crever les pustules des emballages en plastique. Et enfin, voilà Philomène, l’hôtesse de l’air. C’est Amélie qui garde son chat Rodrigue, quand elle part en voyage. Philomène aime le bruit que fait le bol d’eau du chat, quand on le pose sur le sol.
Rodrigue, quand à lui, aime ramener les souris crevées sur le tapis du salon, et il aime être présent quand on raconte des histoires aux enfants.
On peut voir que, toujours disponible et avenante, tout le monde l’aime bien. Mais on sent qu’elle reste très secrète et ne se lie véritablement avec personne.

Séq. 13, int. jour, hall de gare.

Voix off
Souvent, le dimanche, si elle ne travaille pas, Amélie prend le train gare du Nord, pour aller rendre visite à son père.

Amélie s’approche du quai. Au passage, elle va pour donner la pièce à un clochard.

Clochard
Ah non, merci ma petite dame, je ne travaille jamais le dimanche.

Amélie lui sourit…

Séq. 14, ext. jour, jardin du père.
Celui-ci, à quatre pattes dans le jardin, peaufine son mausolée. Derrière lui, Amélie arrose les fleurs.

Le Père
Tu prends toujours tes cachets ?

Amélie
Mais oui, papa.

Le Père
Tu n’es pas essoufflée, au moins ?

Amélie
Mais non, papa.

Plus tard, ils dînent dans la cuisine.

Amélie
Mais pourquoi tu ne profiterais pas de ta retraite pour voyager ? Tu n’as jamais quitté Enghien…

Le Père
Quand on était jeunes, on aurait bien voyagé, avec ta mère, mais on ne pouvait pas à cause de ton cœur… Alors maintenant…

Amélie hoche la tête. […] Lire la suite dans le scénario édité par LettMotif. Cliquez ici.

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