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Livre Hal Hartley, interview Martin Donovan

Extrait

Livre Hal Hartley, interview Martin Donovan

Trust, © Hal Hartley, Possible Films

Livre Hal Hartley, interview Martin Donovan

Martin Donovan a tellement marqué les films de Hal Hartley qu’on ne peut le dissocier du réalisateur. Beau gosse tourmenté, proxénète, prêtre… Il a endossé tous les rôles avec une grâce et une justesse mémorables. Rencontre avec l’acteur fétiche.

Quand et comment avez-vous rencontré Hal Hartley ? À quel stade de votre carrière cela correspondait-il ?
Vers la fin de 1988. Hal m’avait vu dans une pièce jouée par une troupe de théâtre du centre de New York dont je faisais partie. Cette troupe s’appelait Cucaracha. Elle avait été créée par des écrivains et des acteurs sortis du Bard College, de Yale… Nous jouions dans un immense entrepôt situé dans le quartier de Tribeca qui nous était prêté gratuitement par le propriétaire parce qu’il aimait ce que nous faisions. J’avais déjà trente ans à cette époque, je n’avais travaillé que sporadiquement pour la télévision et n’avais joué que dans un film indépendant quelques années auparavant. Je travaillais comme installateur de rideaux et de tentures pour gagner ma vie. Mais je gardais espoir. Je me disais que quel que soit le temps que ça prenne pour parvenir à gagner ma vie en tant qu’acteur, je n’abandonnerais pas et que le métier d’acteur n’était pas un simple choix de carrière pour moi mais quelque chose qui donnait du sens à ma vie.
Julia McNeal faisait partie de la troupe et venait de finir le tournage de The Unbelievable Truth. Elle n’arrêtait pas de parler de l’expérience géniale que ça avait été pour elle de travailler avec Hal, que c’était très différent de tout ce qu’elle avait fait. Elle avait invité Hal et Adrienne Shelly à venir voir notre pièce. Par la suite, elle m’a dit que Hal pensait que je serais parfait pour son prochain film. J’ai répondu sardoniquement : “Génial, je vais attendre près du téléphone”. C’est un an plus tard que Hal m’a contacté et m’a demandé d’auditionner pour Trust. Je l’ai rencontré à son bureau, ai passé une audition avec Adrienne et il m’a engagé.

Quelles étaient les ambitions cinématographiques de Hartley à ce moment-là, en termes de mise en scène, de direction d’acteurs ?
Hal et moi nous sommes entendus immédiatement sur de nombreuses choses. Nous avions tous les deux grandi en banlieue, élevés dans le catholicisme. Nous aimions philosopher sur le monde et aussi déconstruire ce que l’Église avait fait, analyser la manière dont ça nous avait influencés. On se comprenait sans avoir besoin de parler. Inversement, entre ce que lui essayait de faire dans ses films, son inexpérience aussi en matière de direction d’acteurs et de l’autre côté moi et ma formation d’acteur qui, lorsque j’y repense, ne m’était d’aucune utilité en général mais relevait du désastre pour ce qui était de comprendre le concept formel du travail de Hal !, nous allions droit au conflit. Le tournage de Trust était passionnant mais il y avait également beaucoup de tension entre Hal et moi. Nous essayions tous les deux de sortir le meilleur de nous-mêmes et nos orientations étaient diamétralement opposées. Je ne comprenais vraiment pas ce que Hal essayait d’accomplir durant le tournage du film. J’étais très mal à l’aise de manière générale, et ce que Hal me demandait de faire — c’est-à-dire d’abandonner l’approche “comportementale” du jeu d’acteur — revenait pour moi à renier mon identité d’artiste, ni plus ni moins. C’est seulement après avoir vu Trust en salle avec des spectateurs que j’ai commencé à comprendre ce qu’il manigançait. C’est à ce moment que j’ai compris que travailler dans un film de Hal Hartley relevait en réalité bien plus de la danse que de l’interprétation. Comprendre ses films en termes de mouvement m’a libéré. Dès lors, je lui ai accordé la confiance la plus totale. Il me donnait un espace précis de travail et je pouvais mettre dans cet espace autant de sang et de tripes que je voulais. C’était ce qu’il me demandait depuis le départ et que je n’avais pas compris. (Extrait)

Alexandrine Dhainaut

Lire la suite de l’interview dans notre livre Hal Hartley :

Plus d’infos sur le livre Hal Hartley

Editeur de livres de cinéma (www.edition-lettmotif.com), graphiste depuis 1989 (www.lettmotif-graphisme.com)

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